
Le Domaine national de Chambord présente, du 7 juin au 21 septembre 2008, le cycle exceptionnel de la tenture d’Artémise, rebrodée aux fils d’or et d’argent et seul ensemble complet subsistant de la tapisserie française du début du XVIIème siècle. Grâce au mécénat de Natixis, qui a permis au Mobilier national d’acquérir les huit tapisseries manquantes de la série, cette tenture a été réunie et exposée pour la première fois en 2007 dans la galerie des Gobelins du Mobilier national à l’occasion des 400 ans de la manufacture.
A Chambord les 15 tapisseries du Mobilier national, classées trésor national, seront associées à quatre tapisseries, relevant de la même histoire, appartenant aux collections du château et à une autre pièce déposée au château de Blois. Cet ensemble de vingt tapisseries offrira un reflet fidèle de l’ameublement de Chambord où de tels décors se succédaient au gré des périodes d’habitation. Cela permet à tous d’imaginer la cour, itinérante, évoluant au milieu de véritables murs de laine et de soie.
Deux reines de Carie, royaume d’Asie mineure, se prénommèrent Artémise. La première, mère du roi Lygdamis, fut l’alliée de Xérès aux cotés duquel elle combattit à Salamine en 480 avant Jésus-Christ. La seconde, veuve du roi Mausole, est célèbre pour le tombeau qu’elle fit élever à la mémoire de son époux : le mausolée d’Halicarnasse, une des sept merveilles du monde antique. Ces deux souveraines fournirent à Nicolas Houel, érudit parisien du XVIème siècle, la trame de son « Histoire de la Royne Arthémise » qu’il dédia à la reine de France, Catherine de Médicis. Prétexte transparent à la glorification de la régente, cette histoire exalte la fidélité d’une reine à la mémoire de son époux, ses exploits militaires et la sagesse dont elle fait preuve dans l’éducation de son fils. Nicolas Houel précise que son récit, transposé en sonnets accompagnés de dessins qui sont pour la plupart de la main d’Antoine Caron, peintre des Valois, pourra servir à faire de « belles et riches peintures à tapisseries ».
En 1607, Henri IV fonde la manufacture du faubourg Saint-Marcel ; cette création est à l’origine de l’actuelle manufacture des Gobelins. Parmi les premières commandes royales figure le cycle exceptionnel des quinze tapisseries de la tenture d’Artémise. Ce tissage à fil d’or et d’argent, destiné à la reine Marie de Médicis, est un splendide témoignage, à l’aube du XVIIème siècle, de l’art de la Renaissance française : le projet, initialement conçu pour la reine-régente Catherine de Médicis, s’inspire en effet de dessins antérieurs d’A. Caron (vers 1521-1599) complétés sous Henri IV par Lerambert. Les tapisseries de l’histoire d’Artémise constituent un véritable mur de laine, digne des créations du Rosso à Fontainebleau, où l’exaltation du pouvoir royal exercé par une main féminine s’exprime avec un faste expressif et une énergie héroïque typiques de la Renaissance.
L’exposition de la tenture d’Artémise du Mobilier national sera l’occasion pour le château de Chambord de présenter les 4 tapisseries qu’il possède de cette tenture. Bien évidemment les pièces conservées à Chambord sont issues d’un tissage postérieur et moins précieux que celui du Mobilier national. Cependant c’est pour le Domaine l’occasion de faire un point scientifique sur ces pièces qui vont être restaurées pour l’évènement (Le colosse de Rhodes, La remise du livre et de l’épée, Soldats portant des trophées, Les enfants à cheval). Elles dateraient de 1610 -1620 et ont été tissées à la manufacture du faubourg Saint-Marcel. Leurs bordures sont parmi les plus habituelles dans les tissages successifs de tenture. Elles sont formées de bouquets de fleurs que séparent au milieu de chaque coté des trophées militaires avec au centre un bouclier à tête de lion.
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